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Construire le tableau des depenses d un bilan FSE+ pas a pas
Le tableau des depenses est la piece centrale du bilan: c est celle que le service instructeur ouvre en premier et celle qui declenche les demandes de complement. Voici comment le construire ligne a ligne depuis votre fichier des ecritures comptables, jusqu au rattachement de chaque justificatif et aux controles a passer avant le depot.
Vous devez déposer un bilan d’exécution FSE+ et transformer votre fichier des écritures comptables en un tableau des dépenses lisible par un service instructeur externe. Verrouillez le périmètre, prouvez chaque affectation, numérotez chaque pièce avant de totaliser.
Ce guide suit le déroulé d’un contrôle de service fait. Références : Programme national Fonds social européen plus 2021-2027, plateforme Ma Démarche FSE+, et Règlement (UE) 2021/1060 (justification, options de coûts simplifiés, conservation des documents).
Réunir les pièces avant d’ouvrir le tableau
La convention attributive, ses avenants et son plan de financement
Rassemblez la convention attributive signée, tous ses avenants, et le plan de financement approuvé (libellé précis des postes, ventilation prévisionnelle). Ces pièces fixent la période de réalisation et le périmètre éligible, souvent décalés de l’exercice comptable. Notez ces dates en en-tête du tableau pour éviter toute dépense hors période.
Relisez les modalités particulières si une option de coûts simplifiés est prévue (par exemple clé forfaitaire sur coûts indirects). Le tableau doit distinguer coûts réels et option appliquée de manière constante.
Le fichier des écritures comptables de chaque exercice couvert
Rassemblez le fichier des écritures comptables de chacun des exercices couverts. Pour une association tenue en PCG et relevant du règlement ANC 2018-06, vérifiez le lettrage tiers et l’exhaustivité des journaux. Exigez l’extraction avec les colonnes : date de pièce, date de comptabilisation, numéro de pièce, libellé, compte général, auxiliaire, journal, débit, crédit. Vous filtrerez, regrouperez et pointerez sur cette base exhaustive.
Les journaux de paie, contrats de travail et lettres de mission
Identifiez le personnel imputé. Pour chacun : contrat, lettre de mission fondant l’affectation, journaux de paie couvrant la période et, s’il n’est pas à temps plein sur l’opération, états de temps passé mensuels signés par le salarié et son responsable. Anticipez remplacements, arrêts et changements de quotité pour ne laisser aucune zone sans pièce.
Extraire les dépenses qui appartiennent à la période
Date de facture, date de comptabilisation, date de paiement
Filtrez le fichier sur la période de réalisation fixée par la convention et ses avenants. Distinguez fait générateur, comptabilisation et acquittement. Le service instructeur contrôle d’abord l’éligibilité temporelle, puis la preuve de paiement. Ne mélangez pas : une écriture peut être comptabilisée après la période tout en se rattachant à un fait générateur dans la période, et inversement.
| Élément | À quoi il sert | Preuve attendue |
|---|---|---|
| Date de facture ou service fait | Vérifier l’éligibilité dans la période | Facture, contrat, bon de commande, attestation de réalisation |
| Date de comptabilisation | Piste d’audit vers le grand livre | Fichier des écritures comptables, journal, pièce interne |
| Date de paiement | Acquittement de la dépense | Relevé bancaire, quittance, preuve de virement |
Pour la TVA, alignez-vous sur le régime déclaré dans la convention : éligible, non éligible ou partiellement récupérable. Une discordance entre montant TTC déclaré et régime annoncé entraîne quasi systématiquement une demande de complément.
Regrouper les écritures par poste du plan de financement
Créez une colonne « poste du plan de financement ». Chaque écriture est rattachée à un poste approuvé. Règle constante : aucun poste absent du plan ne peut figurer dans le tableau, même s’il vous semble logique. Un besoin réel non prévu relève d’un avenant préalable, pas d’une imputation a posteriori.
Traitez à part réimputations internes et transferts de charges. Pas de doublon : une pièce, une ligne, une numérotation. Les charges calculées doivent reposer sur une méthode. Si vous appliquez une option de coûts simplifiés, indiquez base, taux et référence à la règle de gestion, ou renvoyez vers votre note de méthode.
Traiter les dépenses directes de personnel
Le salarié affecté à temps plein et sa lettre de mission
Pour un salarié affecté à 100 % sur l’opération, l’imputation repose sur le contrat et une lettre de mission précisant opération, période, tâches. L’état de temps peut ne pas être requis si l’affectation exclusive est prouvée et continue, mais toute interruption doit être justifiée. Le montant imputé correspond au brut chargé rattaché à la période.
Le salarié partiellement affecté et son état de temps passé
Pour un salarié partagé entre activités, la quote-part FSE+ exige des états de temps mensuels signés par le salarié et son responsable, ventilant le temps par opération. Sans ces états, la dépense est inéligible au contrôle de service fait. Les états doivent être cohérents avec calendrier de paie, absences et changements de quotité.
Du brut chargé à la ligne du tableau
Exemple : un chargé d’accompagnement présent sur l’année civile, rémunéré et chargé pour un total brut chargé de 36 000 euros sur l’exercice. Il a consacré 40 % de son temps à l’opération sur 9 mois et 60 % sur 3 mois, selon ses états de temps passés signés. Le calcul de la quote-part imputable est : 36 000 × [(9/12 × 40 %) + (3/12 × 60 %)] = 36 000 × [0,30 + 0,15] = 36 000 × 0,45 = 16 200 euros. La pièce justificative de méthode est l’état de temps passé mensuel, complété par la lettre de mission et les journaux de paie.
Inscrivez en libellé la formule retenue et référencez les pièces : « Brut chargé annuel × quotité FSE+ selon états mensuels signés, pièces 87 à 98 ». En cas de changement de fonction ou de taux, segmentez l’année en sous-périodes cohérentes, plutôt que de lisser, pour préserver la traçabilité.
Ventiler les charges indirectes avec une clé documentée
Choisir une clé mesurable et stable
Les charges indirectes, non rattachables pièce à pièce, se ventilent avec une clé de répartition mesurable, documentée et appliquée de manière constante. Clés usuelles : effectif affecté à l’opération, équivalents temps plein, surface occupée, heures machine, volume d’entretiens, selon la charge. Le dénominateur doit être prouvable : plan des locaux daté pour la surface, registre du personnel et plannings signés pour l’effectif, compteurs pour les heures machine.
Lorsque le Programme national FSE+ ouvre une option de coûts simplifiés, comparez l’effort de justification et la robustesse d’une clé réelle avec l’application d’un taux forfaitaire sur une base éligible. Une fois choisie, tenez-vous y et expliquez base et calcul. Pour approfondir, vous pouvez comparer coûts réels et options de coûts simplifiés.
Écrire la note de méthode avant le bilan, pas après
Rédigez une note de méthode datée du démarrage de la clé, pas du jour du bilan. Décrivez la clé, son périmètre, son dénominateur, la source des données, la périodicité d’actualisation. Joignez la preuve du dénominateur. Une note reconstituée a posteriori est une cause classique de correction. Si la clé évolue, documentez le changement et segmentez les calculs par sous-période.
Résultat attendu dans le tableau : une ligne par charge indirecte ventilée, mentionnant base, clé, pourcentage appliqué et référence à la note de méthode. Conservez les feuilles de calcul comme pièces internes annexées.
Numéroter, rattacher, puis vérifier avant d’envoyer
Une numérotation continue reportée sur chaque justificatif
Numérotez les lignes du tableau des dépenses en continu. Reportez ce numéro sur chaque justificatif numérisé : facture, extrait bancaire, état de temps, note de méthode, contrat. Un seul numéro par dépense, une seule dépense par numéro. Si une dépense est ventilée entre plusieurs postes, créez des sous-références (125a, 125b) et expliquez la ventilation dans le libellé.
Rattachez chaque ligne à ses pièces : facture pour le fait générateur, relevé pour le paiement, état de temps pour la quotité, note de méthode pour la clé. Traitez les dépenses inaffectées et pièces manquantes avant dépôt.
Les contrôles de cohérence à passer systématiquement
- Aucune dépense inaffectée, aucun poste hors plan de financement.
- Aucune ligne hors période d’éligibilité, dates de service fait cohérentes.
- Total du tableau égal au total déclaré dans Ma Démarche FSE+.
- Traitement de la TVA conforme au régime déclaré.
- Concordance entre ventilation de personnel et états de temps passés signés.
- Charges indirectes accompagnées de la note de méthode et de la preuve du dénominateur.
- Ressources du plan de financement intégralement reportées, y compris apports propres et cofinanceurs publics.
- Reste à justifier par financeur calculé, et, en comptabilité, constatation des fonds dédiés en 194 et 195 et de leurs reprises selon le règlement ANC 2018-06.
Pour vous aider à formaliser ces vérifications, voyez la liste à cocher avant le dépôt. Ce passage en revue évite des allers-retours qui allongent l’instruction.
Déposer, puis répondre en une seule fois
Ce que le dépôt attend comme annexes
Sur Ma Démarche FSE+, téléversez le tableau des dépenses, la note de méthode des clés, les états de temps passés mensuels signés, les contrats et lettres de mission du personnel imputé, les factures et preuves de paiement, et, le cas échéant, la justification de l’option de coûts simplifiés. Joignez, si nécessaire, les rapprochements avec le grand livre et les explications de ventilation. Conservez hors plateforme les originaux pendant la période de contrôle prévue par les règles de gestion et par le Règlement (UE) 2021/1060.
Si votre opération s’inscrit dans une structure multi-financeurs, anticipez les exigences parallèles. Pour les subventions nationales avec compte rendu, préparez en miroir un Cerfa 15059 et l’annexe des contributions volontaires en nature, pour garantir la cohérence sans ressaisies contradictoires.
Organiser la réponse aux demandes de complément
Après dépôt s’ouvre une phase contradictoire avec le service instructeur. Les demandes portent souvent sur des points récurrents : justificatifs manquants, clés insuffisamment documentées, incohérences de TVA, états de temps signés tardivement. Répondez en une seule fois si possible, avec un envoi structuré reprenant la numérotation du tableau des dépenses. Évitez les messages successifs qui dispersent les pièces.
Formatez la réponse ainsi : rappel de la question, numéro de ligne concernée, pièce jointe numérotée et, si nécessaire, courte note explicative. Cette présentation facilite la revue et limite les relances. Pour sécuriser en amont états de temps et clés, consultez les erreurs fréquentes sur états de temps et clés.
Synthèse et mise en œuvre outillée
Un tableau des dépenses recevable naît d’un périmètre cadré, d’un filtrage temporel rigoureux, d’une imputation des personnels prouvée par états de temps signés ou affectation exclusive, d’une ventilation indirecte étayée par une clé documentée, puis d’une numérotation et d’un rattachement systématiques. La vérification finale porte sur l’absence de dépenses inaffectées, la cohérence TVA, le calcul du reste à justifier et des fonds dédiés 194 et 195.
Vous pouvez industrialiser sans changer de cabinet ni d’outil comptable : import du fichier des écritures comptables et des journaux de paie, collecte mensuelle d’états de temps signés, moteur de clés avec note de méthode datée, suivi du reste à justifier par financeur et génération du dossier prêt pour le contrôle de service fait sur Ma Démarche FSE+. Pour passer à un quotidien outillé, voyez la justification FSE+ dans Cleventia.
De la règle au dossier de contrôle
Votre prochain bilan mérite mieux qu’une reconstitution
Cleventia relie votre fichier des écritures comptables à chacune de vos opérations cofinancées, applique vos clés de répartition documentées, fait signer les états de temps passé et produit le tableau des dépenses numéroté, pièce par pièce. La démonstration se fait sur votre configuration réelle, avec une opération que vous avez déjà à justifier, et non sur un jeu de données fictif.
Article rédigé et signé
Jimenez Julien
Il a passé deux ans dans les bureaux administratifs d’ateliers et chantiers d’insertion, d’entreprises d’insertion, de missions locales et de PLIE, à reconstituer des clés de répartition et à chercher des états de temps passé signés dix-huit mois plus tôt. Il conçoit et édite Cleventia, le logiciel qui relie les écritures comptables aux opérations cofinancées et prépare le dossier de contrôle de service fait.